A l’occasion des commémorations du 11 novembre, les récentes prises de positions du Président de la République ainsi que de la candidate des écologistes ont permis de jeter une lumière crue mais révélatrice de la vision dont la classe politique en place envisage la mémoire nationale. Ainsi, Nicolas Sarkozy a annoncé un projet de loi pour que la date du 11 novembre, qui jusqu’alors honorait nos disparus du premier conflit mondial, célèbre tous les morts pour la France. Sur sa propre partition, antimilitariste et pacifiste, Eva Joly, plaidait pour que ce même jour devienne un « journée européenne de la paix »…
Sarkozy l'américain rêve par ce biais d’instaurer en France un « memory day » sur le modèle de ce qui se fait aux Etats-Unis. Depuis 2007, il a maltraité en ce sens la mémoire nationale de la Grande Guerre. Dès le premier 11 Novembre de son quinquennat, Nicolas Sarkozy avait célébré la construction européenne, un «rêve de paix». En 2008, il avait accueilli le prince Charles à Verdun. En 2009, il invitait Angela Merkel sur les Champs-Élysées pour commémorer la fin de la Première Guerre mondiale.
Non pas que les commémorations devraient se teinter d’un esprit belliciste et revanchard, il n’est pour autant pas bon de procéder à des telles confusions entre affrontements d’hier et réconciliations d’aujourd’hui, sous peine d’en arriver à un flou désagréable sur le sens de cette célébration. Le problème majeur de ce mélange improbable des commémorations sur une même date est d’en diluer le contenu jusqu’à en faire perdre l’essence : l’hommage de toute une nation à un million et demi de Français tombés au champ d’honneur. Hélas, mille fois hélas, on ne peut pas mettre dans un même sac des Français morts pour la France entre 1914 et 1918, avec nos soldats qui meurent aujourd’hui en Afghanistan dans une guerre qui ne nous concerne pas mais sert les intérêts d’autres puissances.
A l’heure de hypermédiatisation, le fait est que sous le mandat de Nicolas Sarkozy, le 11 novembre a nettement quitté l’histoire pour devenir un enjeu de communication politique, où le Président en quête d’un prestige qu’il n’a pas essaye de le piller sur la tombe de nos héros défunts. Mais face à cette volonté de dissolution de la mémoire de la Grande Guerre, celle-ci doit pourtant impérativement demeurer intacte dans l'esprit de nos compatriotes pour ne pas oublier la spécificité de ce conflit. C’est que « 14-18 » a touché plus durement que toute autre guerre auparavant notre vieille nation, en saignant notre peuple qui a payé son plus lourd tribut : un tribut de sang, une jeunesse fauchée dans la fleur de l’âge, des millions de mutilés, de veuves et d’orphelins.
Mais cet hommage légitime que nous rendons aux à nos poilus tombés sur le front ne nous empêche pas de respecter leurs adversaires qui se sont eux aussi bravement battus pour leur patrie. Nous n’ignorons pas leur souffrance commune d’avoir été menés par des chefs sans considérations pour la vie de leurs hommes au cours d’un conflit meurtrier qui a saigné les peuples européens.
Nous sommes aujourd'hui les héritiers posthumes de ces héros qui se sont sacrifiés, à une époque où donner sa vie pour la patrie allait de soi. Nos jeunes auraient beaucoup à s'inspirer du courage de ces Français qui les ont précédés de seulement quatre générations, dont la valeur tranche avec la couardise de notre époque. En gardant précieusement cette mémoire comme un trésor, ils y trouveront, une source d’inspiration, et l’envie pour demain de défendre leur patrie en hommes libres.
